Les tablettes méritent des interfaces dédiées

Voilà un petit moment que je parle de conception d’interfaces mobiles. S’il existe largement assez de documentation sur l’utilisabilité des smartphones (Pour bien démarrer dans la conception d’interfaces mobiles), le cas des tablettes commence à devenir problématique. Si Apple a révolutionné le monde de la mobilité avec l’iPhone et son interface tactile, force est de constater qu’ils se sont contentés du minimum avec la sortie de l’iPad (puisque c’est le même système d’exploitation). Du côté de Google, c’est le même son de cloche avec un Android proposé pour smartphones et tablettes. Le problème est que les smartphones sont maintenant de plus en plus grands (>4,5 pouces) et des tablettes de plus en plus petites (7 pouces pour le Nexus et le Kindle Fire). Il en résulte des interfaces pas forcément adaptées à la taille de l’écran. Jusqu’à présent ceci était géré par l’intermédiaire de versions HD des applications (généralement vendues plus cher, allez savoir pourquoi…), mais cette rustine a des limites.

J’ai déjà abordé le sujet de la conception multi-écran en 2010 et 2011, mais le débat risque de prendre une autre tournure avec l’arrivée de l’iPad Mini. S’il n’est pour le moment pas du tout prévu de scinder iOS en fonction du support (l’interface reste parfaitement homogène sur iPhone ou iPad), des différences commencent à émerger sur Android où les équipes de Google ont la bonne idée d’encourager les développeurs à concevoir des interfaces spécifiques pour tablettes : Google Wants Developers To Build Better Tablet Apps.

Ils viennent ainsi de publier une liste des points à surveiller pour exploiter les points forts des tablettes : Tablet App Quality Checklist. Plusieurs points de vigilance sont ainsi passés en revue avant de lancer une application dédiée aux tablettes :

  • Tester la conformité de l’application avec les Core App Quality Guidelines (une sorte de charte de qualité) ;
  • Optimiser la mise en page pour éviter l’étirement disgracieux de l’interface ;

    Mise en page optimisée pour les tablettes
  • Retravailler l’agencement des blocs pour bien exploiter la surface d’affichage ;

    Exemples de réagencement d’interfaces
  • Utilisation d’icônes, de polices de caractères et de widgets adaptés aux grands écrans des tablettes ;
  • Ne pas rendre obligatoire l’utilisation de matériel non disponible sur certaines tablettes (ex : puce GPS ou APN dorsal) ;
  • Déclarer la compatibilité de l’application avec tel ou tel format (ex : 7″, 9″, 11″…).

Toutes ces recommandations sont assorties de belles études de cas de Mint, Instapaper et TinyCo : Developer Stories, The Opportunity of Android Tablets.

L’interface de l’application Mint pour tablettes

Je ne peux qu’approuver cette démarche : les tablettes proposent en effet une surface d’affichage, des modalités d’interaction et des capacités matérielles bien différentes des smartphones. Pire : il existe des différences importantes au sein même du créneau des tablettes avec des produits haut de gamme comme l’iPad 3 et des tablettes chinoises à 100$.

La question que cette initiative soulève est maintenant la suivante : puisqu’ils sont si prompts à donner des conseils aux autres, pourquoi ne montrent-ils pas l’exemple ? La place de marché Google Play n’est ainsi pas très explicite quant à la destination des applications. Autant sur l’App Store il y a un distinguo entre iPhone et iPad, autant sur Google Play ils pourraient appliquer un filtre en fonction de la machine associée à l’utilisateur. Certes, il y a bien une mention “cette application est compatible avec votre xxx”, mais c’est un peu léger.

Attendons de voir ce qu’Apple va annoncer ce soir, notamment une nouvelle version majeure d’iTunes, mais selon moi il est indispensable d’envisager une scission plus marquée au niveau du système d’exploitation : un même Os, mais des interfaces et applications adaptées aux machines : 4″, 5″, 7″, 9″…