Il est amusant de constater qu’en matière de conception web, certains mythes ont la peau sacrément dure. Autant nous n’abordons plus les mythes de la règle des trois clics ou de la page d’accueil de moins de 60 Ko, autant celui de la limite de visibilité revient régulièrement. Le dernier article que j’avais rédigé à ce sujet remonte à deux ans (En finir avec le mythe de la limite de visibilité), mais je pense devoir m’y coller à nouveau pour définitivement clore le sujet.
Malgré les nombreux articles déjà parus sur le sujet, les discussions persistent, de même que les publications : Life below 600px, Designing ‘Above the Fold’ Necessary?, Is there life below the fold?. Le point de départ de ce mythe est pourtant bien fondé : les contenus au-dessus de la limite de visibilité sont plus lus, de même que les boutons qui sont plus cliqués. Ceci étant dit, les contre-arguments sont également toujours les mêmes :
- L’équipement des internautes évolue et la limite des 600px est repoussée vers le bas avec des écrans toujours plus grands ;
- Depuis 15 ans que le web existe, les internautes ont appris à se servir de la barre de défilement et de la molette de leur souris ;
- L’important n’est pas de faire rentrer tout le contenu au dessus de la limite, mais de faire comprendre aux internautes qu’il y a du contenu supplémentaire en dessous ;
- Même s’il est largement en dessous de la limite de visibilité, un contenu associé à un point d’intérêt (photo, vidéo, illustration…) sera lu.
J’imagine que vous devez en avoir raz-le-bol que l’on vous sorte toujours les mêmes exemples (page produit d’Amazon et page d’accueil de Basecamp), alors pour illustrer mon propos je choisit un autre exemple (la page d’accueil de Backpack) qui démontre bien l’intérêt d’utiliser toute la hauteur de page pour bien valoriser le contenu.
Nous sommes maintenant (presque) en 2012, il faut savoir vivre avec son époque et prendre en compte plusieurs facteurs qui rendent cette limite des 600px encore plus caduque :
- Le volume de contenu disponible a considérablement augmenté ces dernières années avec les médias sociaux et les contenus multimédia, de ce fait, vous aurez besoin de plus de contenus pour attirer l’attention et convaincre les internautes, donc de plus de place ;
- La montée en puissance des terminaux alternatifs (smartphones, tablettes, TV connectées, netbooks/cloudbooks…) brouille complètement les statistiques de taille d’écran.
Ces deux facteurs, dont nous commençons réellement à prendre la mesure à l’aube de cette nouvelle année, remettent en question les règles de conception des sites web (Vers des sites adaptés aux netbooks ?, Faut-il réinventer le web pour les touchbooks ? et Quel va être l’impact de la fin de l’ordinateur individuel ?). De ce fait, de nouvelles pratiques émergent et apportent une solution à ce phénomène de diversification des modes de consultation et d’achat en ligne : 4 feuilles de styles pour 4 expériences de lecture, Le responsive design à l’assaut des terminaux mobiles et Et on reparle de la conception multi-écran.
Donc au final, la limite de visibilité a-t-elle encore une importance ? Non, plus réellement. Certes, les contenus en haut de page bénéficieront toujours d’une meilleure exposition, mais la notion de haut de page devient de plus en plus floue : non seulement les formats d’écrans se diversifient, mais les applications prennent de plus en plus de place dans les modes de consultation (Le choix se complique entre application mobile et application HTML5).
Moralité : les concepteurs sont aujourd’hui confrontés à des défis bien plus complexes que l’identification d’une surface d’affichage optimale. Le débat ne porte plus réellement sur l’emplacement de la limite de visibilité, mais sur les priorités à attribuer aux interfaces web, mobiles, tactiles, aux applications… Mobile First ! (et Content First !) (et Touch is the New Click!) (et Web is Dead!) (et HTML5 Rules!) (bref, il n’y a plus de règles).