Plusieurs études sur l’utilisabilité et les usages des touchbooks

Le Dr Nielsen et son équipe viennent de publier la nouvelle édition de leur étude sur l’utilisabilité de l’iPad : iPad Usability, Year One. Non seulement cette étude est exhaustive et rigoureuse, mais en plus elle est gratuite ! Pour rédiger cette seconde édition, ils ont recueilli les impressions de 16 utilisateurs sur 26 applications et 6 sites web : Usability of iPad Apps and Websites, 2 Reports With Research Findings.

Au travers de cette étude, ce n’est pas tant l’iPad que les touchbooks qui sont le sujet d’étude. Les conclusions de l’étude sont assez proches de celle publiée l’année dernière, mais de nombreuses petites améliorations ont pu être constatées du fait de l’année d’expérience accumulée par les concepteurs d’applications.

Les principales difficultés rencontrées par les utilisateurs sont les suivantes :

  • Les liens affichés à l’écran sont suffisamment gros pour être lus, mais pas assez pour être cliqués avec précision ;
  • Les zones cliquables sont en règle générale trop petites et pas suffisamment faciles à identifier ;
  • La saisie reste très laborieuse (surtout les formulaires) ;
  • Les sites web peuvent être consultés dans de très bonne conditions mais les interactions sont limitées (du fait de l’impossibilité de faire des clics avec le bouton droit de la souris ou d’afficher des infos au survol d’un élément) ;
  • Les écrans d’accueil (splash screen) génèrent de l’impatience et devraient pouvoir être sautés ;
  • Il y a par fois trop de zones à balayer à l’écran (ex : un cadre à défilement vertical et un carrousel à défilement horizontal dans une page qui peut être tournée) ;
  • La densité des éléments de navigation est trop forte (chaque clic sur un élément mène à une nouvelle page) ;
  • Les concepteurs ne tiennent pas compte du fait que les touchbooks sont généralement partagés entre plusieurs membres de la famille.

À partir de ces enseignements, nous pouvons donc formuler un certain nombre de recommandations :

  • Si la lisibilité des contenus est bonne, ne négligez pas la simplicité d’utilisation en prévoyant de larges zones d’interactions (avec suffisamment d’espace neutre autour pour éviter le parasitage), en aérant les écrans (avec une distribution verticale plutôt que de tout condenser en un seul écran) et en rendant plus explicite le repérage des items de navigation ou les éléments interactifs.
  • Facilitez la découverte et la compréhension de l’interface (tutoriels, indices visuels…) sans néanmoins l’imposer aux utilisateurs réguliers ;
  • Adaptez vos sites web aux contraintes et contextes d’usage des tablettes (mise en page, densité d’information…).

Cette étude nous révèle également que les tablettes sont principalement utilisées dans un contexte de divertissement pour consommer des contenus (infos, magazines…) et des jeux.

Hasard du calendrier, l’institut Nielsen vient également de publier une étude sur les contextes d’usage des terminaux connectés : In the U.S., Tablets are TV Buddies while eReaders Make Great Bedfellows. Cette étude menée auprès de 12.000 participants nous donne ainsi des statistiques précises sur l’endroit ou le contexte dans lequel les utilisateurs exploitent leurs terminaux :

  • Les 2/3 des possesseurs de tablettes l’utilisent en regardant la TV, la moitié au lit et 40% avec des amis ou en attendant quelque chose ;
  • 61% des possesseurs de ereader l’utilisent au lit, seulement 1/3 en regardant la TV ou en situation d’attente ;
  • Les propriétaires de smartphone en font un usage très diversifié (devant la TV, au lit, dans les transports, en faisant du shopping, avec des amis, en situation d’attente).
Les usages comparés des touchbooks, smartphones et ereaders

Ces données illustrent bien le fait que les smartphones sont de loin les terminaux les plus versatiles, alors que les ereaders, conçus pour la lecture de ebooks, ne sont pas exploités pour grand-chose d’autre (logique). Les tablettes semblent être par contre le compagnon idéal des téléspectateurs qui doivent y trouver un parfait complément pour trouver de l’info ou faire des interactions sociales.

Tout ceci est confirmé par une seconde série de chiffres sur la répartition du temps d’utilisation :

Répartition du temps d'utilisation des touchbooks, smartphones et ereaders

De cette seconde étude, nous pouvons tirer deux enseignements :

  • Les chaines de TV ont du souci à se faire car l’attention des téléspectateurs est partagée ente l’écran et leur terminal, d’où un impact certainement plus faible des spots publicitaires (cf. iPads Are Mingling With TVs, While Kindles Get Busy In The Bedroom) ;
  • 1/5 du temps d’utilisation des tablettes se fait au lit donc en position allongée, les concepteurs d’applications devront donc en tenir compte et proposer des modalités d’interaction à une seule main (l’autre servant à tenir le terminal).

Deux études fortement intéressantes et gratuites en quelques jours, c’est définitivement un très bon mois !

Pourquoi iOS est plus disruptif que vous ne le pensez

Voilà maintenant 4 ans qu’Apple a lancé son iPhone sur le marché. Quatre années intenses qui ont complètement bouleversé le secteur de la téléphonie mobile, mais pas seulement ! Avec le lancement de l’iPad l’année dernière, Apple à initié un mouvement plus profond de transformation des usages qui vont modeler notre façon de consommer les contenus et services en ligne.

Salué pour sa stabilité et sa simplicité de prise en main, le système d’exploitation D’apple est en fait bien plus disruptif qu’il n’y parait, car iOS rend obsolète les éléments d’interface et modalités d’interaction que nous avons côtoyés ces dernières décennies (lire à ce sujet : Quelle interface pour le système d’exploitation de demain ?).

La fin de la souris

Avec iOs, Apple a su populariser les interfaces tactiles signant ainsi la fin de la souris. Inventée dans les années 70 au PARC, la souris a rendu de fièrs services à l’humanité (si si !), mais montre maintenant ses limites face à ce que l’iPhone et surtout l’iPad nous permet de faire avec nos doigts. L’air de rien, la charte graphique et ergonomique d’iOS a permis d’assurer la cohérence des applications et d’éduquer ainsi les utilisateurs à une interface sans souris. Certes, nous y perdons le clic droit et le survol, mais nous gagnons les gestuelles à plusieurs doigts (cf. Vers une standardisation des interfaces tactiles).

Avec les interfaces tactiles, vos doigts remplacent la souris

Là où ça devient intéressant, c’est qu’en nous passant de la souris, nous pouvons également nous passer des barres de défilement horizontales ou verticales : iOS, OS X and The Death of the Scrollbar.

La question que l’on se pose maintenant est la suivante : comment bénéficier des apports des interfaces tactiles avec les ordinateurs traditionnels ? Facile, vous pouvez soit utiliser le Magic Trackpad, soit utiliser les ordinateurs de bureau avec écran tactile. Finalement peut-être est-ce là le secret : utiliser une combinaison de souris, écran tactile et pourquoi pas trackpad géant (10/GUI réinvente le pavé tactile pour remplacer la souris).

La fin du clavier

Apple a également introduit pas mal d’innovations pour son clavier virtuel. Il y a tout d’abord le système de correction avec son principe d’auto-apprentissage, mais il y a surtout l‘adaptation du clavier au contenu que vous devez saisir :

Les différentes configurations de clavier sur iPhone

Une innovation bien pratique qui compense la perte de rendement (vitesse de frappe) et qui trouve par ailleurs un écho auprès des fabricants de claviers comme l’Optimus Maximus. Certes, le clavier virtuel n’est pas une solution envisageable pour ceux qui doivent saisir une grande quantité de texte, mais pour les autres…

La fin des logiciels

Autre approche disruptive d’Apple : remplacer les logiciels par des mini-applications. Un coup de génie pour Apple qui a ainsi pu verrouiller son système de distribution, mais également une nouvelle approche de la consommation des services en ligne.

Des centaines de milliers d'applications disponibles pour iOS

En adoptant une approche fragmentée de l’outil informatique (une multitude d’applications monotâches par opposition aux suites logicielles), Apple a mis en place un système lui permettant de nourrir tout un écosystème par le biais de micro-transactions, mais également un moyen de contourner les limitations du navigateur embarqué. Les sites web sont ainsi remplacés par des applications connectées qui permettent de mieux tracker et encadrer les utilisateurs.

Autre conséquence d’une approche fondée sur les mini-applications : la disparition du navigateur de fichiers (cf. Observed, The Death of the File System). Là encore, on se dit qu’un système d’exploitation comme Mac OS pourrait bénéficier de cette approche avec une gestion semi-automatisée des fichiers : tout comme iTunes se charge d’organiser vos fichiers musicaux, nous pouvons tout à fait envisager des applications qui se chargent elles-mêmes de ranger et d’accéder à vos fichiers de travail. Une aberration ? Pas tant que ça si l’on envisage un système automatique débrayable.

Notez que ça fonctionne aussi pour les photos avec iPhoto ou Picasa qui propose un navigateur intégré.

La fin de l’ordinateur ?

Plus de souris, plus de clavier, plus de logiciels ou de navigateur de fichiers, ça en fait des changements ! Pour autant peut-on dire qu’iOS est le système d’exploitation qui va remplacer ceux des ordinateurs traditionnels ? Non absolument pas, ça serait faire un raccourci abusif. Par contre je pense ne pas me tromper en disant qu’iOS couplé à l’iPad a su montrer au grand public qu’une partie de ses besoins quotidiens ne nécessitaient pas forcément un ordinateur traditionnel.

L’adoption par le grand public de l’iPad a eu ainsi un impact immédiat sur les ventes de netbooks. Nous pouvons également constater une modification plus profonde des habitudes de consommation : Tablets Starting to Replace Other Traditional Devices. iOS et l’iPad ont donc initié un mouvement de transformation des habitudes des utilisateurs de l’outil informatique, Apple a réussi là où les constructeurs de netbooks ont échoués. Mais la partie n’est pas pour autant terminée car Google mise beaucoup sur son système d’exploitation Android et surtout sur son Chrome OS et le principe du cloudbook.

Il y a deux ans je m’interrogeais sur la nécessité d’adapter les sites web aux spécificités des netbooks. L’année dernière, j’avais une réflexion similaire pour les touchbooks : Faut-il réinventer le web pour les touchbooks ?. Au vu du succès de l’iPad et des ambitions de ses concurrents, il me semble évident que les éditeurs de contenus, services en ligne et même logiciels doivent dès maintenant tirer les leçons du succès d’iOS et commencer à faire évoluer leur offre pour mieux correspondre aux nouvelles habitudes des utilisateurs.

Conclusion : avec iOS, Apple a-t-il réinventé l’outil informatique ? Non, il l’a fait évoluer durablement, il ne tient qu’à vous d’en profiter plutôt que de la subir. La bonne nouvelle est que vous avez encore un peu de temps devant vous pour anticiper les changements qui vont en découler, mais ne tardez pas trop !