Je suis dernièrement tombé sur cet article publié sur R/WW : Eye-Tracking & User-Testing Made Easy with YouEye. Il y est question de la start-up YouEye qui propose des tests de eye-tracing à distance reposant sur la webcam des participants. En fait l’offre est un peu plus sophistiquée, car il propose de créer / gérer des sessions de tests à distance dont le format de sortie est un mélange de eye-tracking, capture vidéo (écran + participant) et heat map (en fonction des mouvements de la souris).
Ils ne sont pas les seuls à proposer ce genre de prestation puisque GazeHawk ou UserLytics ont des offres équivalentes. À priori ça ressemble à une arnaque, à postériori, le recours à des solutions pilotées à distance mérite réflexion. Nous sommes ainsi tous d’accord pour dire qu’une session de tests regroupant physiquement les participants et les observateurs dans une même pièce est bien plus enrichissante qu’une session à distance. Il n’empêche que les solutions de tests à distance peuvent s’avérer très utiles d’un point de vue quantitatif.
C’est en tout cas ce que je retiens de différents articles publiés sur le sujet : Unmoderated, Remote Usability Testing: Good or Evil? et Pros and Cons of Remote Usability Testing. En fait le débat ne se limite pas au eye-tracking et concerne tous les tests en rapport avec l’ergonomie informatique. Ceux qui en ont déjà organisé savent à quel point les sessions de test sont complexes à mettre en oeuvre. En théorie, les outils de communication avec partage d’écran comme Skype, WebEx, GoToMeeting… pourraient suffire à faire du test à distance de premier niveau, mais il existe des services en ligne avec une approche plus industrielle comme UserZoom, Loop11, UserTesting, EyeUsability, Usabilla… (voir une liste exhaustive sur Remote Usability Tools). Ce type de services pourrait par exemple être utile pour vérifier des hypothèses et remonter des données quantitatives (délais et taux de complétion d’une tâche en particulier).
Par contre, dans le contexte bien particulier du eye-tracking, j’ai un peu plus de doutes. L’oculométrie en effet une discipline qui demande de la rigueur et de l’expertise. De la rigueur dans l’échantillonnage du panel ainsi que dans la configuration de la salle de test et le calibrage de la machine. De l’expertise dans l’interprétation des données. Je ne suis pas un expert en oculométrie, mais le peu que je connais de cette discipline est que les observations peuvent être trompeuses.
J’ai ainsi souvent recours aux analyses de sociétés spécialisées comme Miratech dans mes articles, leurs interprétations prouvent à chaque fois qu’il faut savoir lire entre les lignes. Mais ça ne veut pas dire que les tests à distance ne valent rien, simplement qu’ils doivent être exploités en fonction de la valeur qu’ils apportent à la réflexion. Comprenez par là qu’il est possible de collecter une grosse quantité de données à valeur ajoutée (commentaires oraux, déplacements de la souris, langage corporel, expressions faciales…) mais qui ne sont pas suffisamment rigoureuses pour justifier une décision impactante.
Ces tests à distance sont donc les compléments idéaux de tests « grandeur nature ». En combinant ces deux types de tests, vous aurez des retours terrain encore plus riches (cf. 6 Ways Eye Tracking Is Changing the Web).