Faut-il réinventer le web pour les tablettes ?

En ce moment il ne se passe pas une journée sans que j’entende parler de l’iPad. Et ça ne risque pas de s’arrêter car de nombreuses machines concurrentes sont en préparation chez Dell, HP, BlackBerry… J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur les nombreuses possibilités de ces machines (cf. Quels modèles d’interaction pour les touchbooks ?), mais aujourd’hui je m’interroge sur la pertinence de les assimiler à des ordinateurs.

En effêt, même si les touchbooks embarquent des composants électroniques et sont propulsés par des systèmes d’exploitation dérivés de l’informatique traditionnelle, le contexte d’usage de ces terminaux diverge complètement des usages que l’on peut faire avec un ordinateur. Comprenez par là que vous ne faite pas du tout la même chose assis à une chaise devant votre ordinateur (avec un grand écran, un clavier et une souris) qu’affalé dans votre canapé avec votre touchbook (et vos gros doigts).

Ainsi, Apple communique déjà sur les grands sites web proposant une version adaptée aux contraintes de son touchbook (pas de Flash, largeur d’écran limitée, manque de précision du clic…) avec les iPad ready websites. Autre exemple, YouTube qui propose une interface simplifiée à destination des terminaux nomades : YouTube Leanback offers effortless viewing.

L'interface épurée de YouTube Leanback
L'interface épurée de YouTube Leanback

Si vous allez sur www.youtube.com/leanback, vous pourrez ainsi profiter d’une version épurée et en plein écran que l’on peut consommer en position détente (“Lean back” = “Allongé“) avec une manipulation au clavier :

Plus récemment nous avons également l’exemple fracassant de Flipboard, une startup qui propose une application de visualisation de vos flux d’activité Facebook / Twitter/ … dans un format beaucoup plus avantageux (de type magazine papier) : Flipboard, New “Social” iPad Magazine will be Powered by Semantic Data.

Twitter comme un magazine sur votre iPad avec Flipboard
Twitter comme un magazine sur votre iPad avec Flipboard

Là encore l’idée est de proposer une expérience utilisateur plus immersive et surtout bien plus agréable à manipuler avec une interface tactile :

Dernier exemple avec Cooliris, qui proposait déjà un plug-in de visualisation des images (cf. Le web dans un écrin avec Cooliris) qui vient tout juste de sortir Discover, une application permettant de parcourir Wikipedia dans un format “magazine” : Discover by Cooliris: Wikipedia Never Looked This Good.

Wikipedia comme un magazine sur votre iPad avec Cooliris
Wikipedia comme un magazine sur votre iPad avec Cooliris

Là encore l’idée est de proposer une expérience plus riche et surtout bien mieux mis en scène que des “simples” pages de wiki :

Notez que je ne critique pas Wikipedia (qui vient tout juste de refondre son site) ni la mise en page des articles qui remplissent parfaitement bien leur rôle informatif. Mais force est de constater que l’on peut faire ds choses étonnantes et tout à fait intéressantes en jouant uniquement sur la mise en page.

À la question “Faut-il ré-inventer le web pour les touchbooks“, je répondrais qu’il n’est pas tant question de ré-inventer le web mais plutôt de repenser les interfaces de consultation. Ainsi les sites web de Twitter et Wikipedia sont et restent optimisés pour un ordinateur, mais l’éditeur fournit un navigateur adapté au terminal afin de maximiser l’expérience utilisateur.

Je ne peux que constater l’efficacité du résultat et me réjouir de l’intérêt porté au confort et à l’expérience d’utilisation. De plus, les éditeurs tiennent peut-être là le moyen de rentabiliser leur matière première : Le site web est gratuit (financé par la publicité) et accessible avec n’importe quel terminal, mais la version adapté aux spécificités d’un smartphone ou touchbook est payante (ou financée autrement avec du contenu additionnel).

De l’aberrante dérive du poids des pages d’accueil

Savez-vous combien pèse la page d’accueil de Yahoo ? Cette question n’est pas anodine car cette valeur a été pendant longtemps une unité de référence pour la vitesse de chargement des pages d’un site web. En presque 10 ans passés en agence, je ne compte plus le nombre de cahiers des charges et brief où il étai stipulé que le poids des pages du futur site du client ne devait EN AUCUN CAS dépasser la limite de 30 Ko (le poids théorique de la page d’accueil de Yahoo! dans l’inconscient collectif).

Puis il a été question de 60 Ko…

Puis ça a été l’avènement de l’ADSL, les années YouTube et maintenant plus personne ne se soucie du poids des pages. Il faut dire que les foyers français sont équipés en haut-débit à plus de 95% (ADSL + câble + fibre, si mes sources sont exactes), donc plus la peine de se soucier du temps de chargement.

Oui mais voilà : Il fut un temps où la page d’accueil de Yahoo! pesait 30 Ko, mais cette époque est loin derrière nous et je constate une inflation alarmante (euphémisme) dans le poids des pages d’accueil qui dépassent fréquemment le Mo. Ce fameux “poids” correspond à l’espace disque occupé par l’ensemble des fichiers qui composent une page d’accueil (HTML, javascript, css, flash, images…).

Je me suis amusé à comparer les pages d’accueil de certaines boutiques en ligne française, et le résultat n’est pas brillant :

Non vous ne rêvez pas, pour avoir le privilège d’admirer la page d’accueil de Cdiscount il vous faudra télécharger près de 220 fichiers pour un total avoisinant les 3 Mo. Hallucinant ? Oui, surtout dans un marché aussi concurrentiel. PriceMinister s’en sort très bien avec une page bien plus légère que les autres dû à une utilisation très limitée des images (contrairement à Cdiscount).

Concernant les sites d’information, c’est encore pire :

Même si les mega-bannières et autres publicités au format vidéo plombent la page, n’est-il pas aberrant de ne pas trouver un site d’information sous la barre des 2 Mo ? Et ce n’est pas forcément mieux de l’autre côté de l’Atlantique :

Concernant les grands portails, la moyenne est moins élevée :

De façon surprenante, les grands portails sont plutôt raisonnables dans leur utilisation de la bande passante. Mention spéciale à Facebook qui dépasse la barre des 2 Mo avec une ribambelle de fichiers javascript. Vous noterez au passage que les deux moteurs de recherche pèsent rigoureusement la même poids (je ne sais pas trop quoi en penser…).

Bref, cette rapide étude concurrentielle nous révèle une vérité bien dérangeante : Les pages d’accueil de sites de news sont plus lourdes que certains plug-ins dont le temps de téléchargement est soit-disant rédhibitoire. Même si nos liaisons ADSL sont très performantes, les tuyaux ont des limites et le nombre de fichiers à télécharger nous éloigne toujours plus de la limite symbolique des 2 secondes pour charger une page d’accueil (le temps d’attente est directement lié à l’expérience utilisateur).

Tout ceci est très dérangeant, surtout à partir du moment où Google annonce qu’il va prendre en compte le temps de chargement des pages dans son algorithme. Oups, c’est justement ceux qui ont le plus besoin d’un bon référencement (commerce en linge, news…) qui vont se faire dégrader. Je ne peux que me réjouir de cette annonce car cette escalade dans le poids des pages d’accueil n’augure rien de bon et surtout rend les éditeurs fainéants.

Pourtant il existe de nombreuses façons d’optimiser le poids des pages en limitant le nombre d’images, en optimisant les fichiers HTML et javascript… J’imagine que l’arrivée à maturation des terminaux de consultation alternatifs (smartphones, touchbooks…) va inciter les éditeurs à se remettre en question.