De la difficulté de concevoir une interface multi-terminaux

Souvenez-vous il y a quelques temps je vous avait parlé de Moblin, un système d’exploitation pour Netbooks sur lequel intel travaillait (Quelle interface pour le système d’exploitation de demain ?). Aujourd’hui ce projet n’existe plus car il a été fusionné avec le projet de système d’exploitation Maemo de Nokia pour être renommé en MeeGo. Vou suivez ? Bon bref, ce que vous devez retenir est que MeeGo ambitionne d’être une plateforme de développement multi-terminaux mobiles, donc qui va pouvoir équiper aussi bien les netbooks, que les smartphones, que les téléphones standards, que les TV, que les ordinateurs de bord de véhicules…

Se pose donc le problème de l’uniformisation de l’interface mais également de l’expérience utilisateur. Une première version pour netbooks a été publiée le mois dernier auprès de la communauté : MeeGo v1.0 Core Software Platform & Netbook User Experience project release. Cette première version reprend les fondamentaux de l’interface de Moblin avec sa barre de tâches en position haute (ils ont rajouté un peu de couleurs) :

L'interface de MeeGo pour netbooks
L'interface de MeeGo pour netbooks

Nous avons également vu dernièrement la version pour smartphones faire son apparition : MeeGo for netbooks and smartphones gets Chrome and Fennec. Même si certaines règles semblent communes (le fond sombre pour les icônes du haut d’écran, le flux d’activité…) nous commençons à voir de sérieuses divergences dans l’interface :

L'interface de MeeGo pour smartphones
L'interface de MeeGo pour smartphones

Ces divergences sont tout à fait normales car elles sont la conséquence de la prise en compte des contraintes de ces deux types de terminaux. Et ce n’est qu’un début car il va très certainement falloir également tenir compte des spécificités des smartphones eux-mêmes (d’un modèle à l’autre) :

Vue paysage pour la version smartphones de MeeGo
Vue paysage pour la version smartphones de MeeGo

Et finalement cette semaine ont été publiée les premières images de la version touchbook : Pre-alpha MeeGo for tablets demo.

Comme vous pouvez le constater sur la vidéo précédente, l’expérience utilisateur a été complètement repensée pour une manipulation au doigt (donc moins de précision et de clics) où l’on fait défiler les contenus par types de droite à gauche :

La version touchbook de MeeGo
La page d'accueil de MeeGo pour touchbooks

Cette page d’accueil me semble tout à fait intéressante mais tranche complètement avec les principes posés pour les autres versions. Il y a également une vue plus traditionnelle avec des icônes sur un bureau et une barre d’applications pour basculer de l’une à l’autre :

Les icônes de MeeGo pour touchbooks
Les icônes de MeeGo pour touchbooks

Nous sommes ici bien plus proche de l’iOS que du MeeGo pour netbooks. En soit ce n’est pas un drame mais cela illustre bien la difficulté de concevoir une interface suffisamment malléable pour convenir à différents types de terminaux.

Si je ne me trompe pas, l’objectif de MeeGo est avant tout de fournir une plateforme technique stable, mais pas nécessairement une interface unifiée pour l’ensemble des terminaux visés. Certains éléments communs pourraient être conservés (jeux de couleurs, picto et typo, barre d’état…) mais le pari de proposer une interface unique me semble intenable (Microsoft s’y est cassé les dents avec Windows). Attendons de voir s’ils se lancent dans la publication de design guidelines (qui pourraient être très intéressantes)…

MàJ (01/07/2010) : De nouvelles captures d’écrans viennent d’être publiées pour illustrer l’interface de la version smartphones de Meego  : MeeGo Handset Project Day 1 is Here.

Nouvelles captures d'écrans de MeeGo pour smartphone

Pas de gros changement par rapport à la précédente version mais un réel effort d’épuration de l’interface et une identité visuelle bien marquée (qui diverge toujours des autres versions). (via The Next Web Mobile)

Sobriété et coins carrés sont de rigueur en 2010

Après plusieurs années de surenchère graphique (coins arrondis, dégradés, reflets, typographies en image…) il semblerait que nous soyons rentré dans une phase de “retour aux fondamentaux” pour les sites web à forte audience. Illustration avec trois sites récemment rénovés qui ont opté pour une mise en page anguleuse (pour une isolation plus rigoureuse des unités d’information) et des couleurs bien tranchées (pour un meilleur contraste) : Castorama, Voyages SNCF et Crédit Agricole.

Le nouveau site de Castorama
Le nouveau site de Castorama
Le nouveau site de Voyages SNCF
Le nouveau site de Voyages SNCF
Le nouveau site du Crédit Agricole
Le nouveau site du Crédit Agricole

Dans les trois cas, nous retrouvons les mêmes codes graphiques : boîtes carrés et recours massif aux aplats de couleur. Je ne peux que me réjouir de cette tendance à la simplification visuelle car le repérage et la lisibilité n’en sont que bien meilleurs.

Ce qui m’étonne par contre c’est pourquoi maintenant ? Pourquoi maintenant alors que la bande passante est de plus en plus large (grâce à l’ADSL et aux tarifs très compétitifs des fournisseurs d’accès), alors que nous sommes passés par le pire (“Skip intro“)… Ces choix graphiques auraient dû être adoptés il y a bien longtemps.

Le pite dans cette histoire est que nous commençons seulement à voir le bout du tunnel avec l’arrivée de navigateur qui supportent HTML5 et CSS3, donc peuvent nativement afficher les raffinements graphiques qui nous ont donné tant de mal par le passé (coins arrondis, dégradés, ombres portées, transitions, effets typographiques…). Serions-nous rentré dans une époque du design raisonné ? Peut-être. En tout cas je croise les doigts pour que cette tendance perdure et que nous ne nous perdions plus dans la surenchère visuelle.